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Publié le : 22 septembre 2006
La cote de Rétif en 1883
Avant-propos de Jules Richard , L’art de former une bibliothèque, 1883

"Ce n’est pas pour les grands bibliophiles que j’écris ce petit traité sur l’art de former une bibliothèque ; ceux-là n’ont besoin ni de maîtres ni de leçons. Ce petit volume est spécialement destiné aux honnêtes gens qui aiment les lettres et cherchent dans la pratique de leur culte, dans le goût de la collection des livres une agréable diversion aux ennuis quotidiens de la vie. Jamais la passion des livres anciens et nouveaux n’a été plus répandue qu’aujourd’hui.
[...]

Une belle bibliothèque représente donc une valeur qui peut varier comme le portefeuille d’un spéculateur, car les livres ont leurs cours soumis aux caprices de la mode et des collectionneurs.
On compte, tant à Paris qu’en France et à l’étranger, environ mille personnes qui collectionnent les beaux livres. Si l’on veut y ajouter les amateurs possédant une bibliothèque de plus de trois mille volumes reliés, on peut hardiment quadrupler ce chiffre.
Ces collectionneurs et amateurs appartiennent à tous les rangs de la société.
[...]

Mais à côté de ces grands amateurs, je connais d’humbles bureaucrates, de modestes gens de lettres, qui n’ayant pas assez d’argent mignon pour éparpiller leurs forces dans des acquisitions variées, les concentrent sur un filon bibliographique particulièrement intéressant. C’est ainsi que s’explique la cherté de certains livres à certaines époques. Il y a sept ou huit ans, par exemple, on collectionnait les Rétif de la Bretonne avec une telle frénésie qu’en 1877, un exemplaire complet - et en reliure ordinaire du temps -des oeuvres de ce pamphlétaire romancier, provenant de M. Ludovic Halévy, fut catalogué chez Fontaine, le célèbre libraire du passage des Panoramas, au prix de cinq mille francs (183 parties en 158 tomes).
Un autre exemplaire beaucoup mieux conservé et non rogné, relié superbement par Chambolle Duru, figurait à côté de celui de M. Ludovic Halévy et était estimé au prix de 18 mille francs !!!
Je donne ces prix pour qu’on saisisse du premier coup la différence entre les exemplaires rognés et les exemplaires non rognés. Ces derniers peuvent être reliés à nouveau. Les autres doivent conserver l’habit de leur temps qui, surtout pour les Rétif, manque de charme et d’élégance."

Cet article vous a été proposé par : Nicole Masson




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